Editorial d'Amadou TOP Président d'OSIRIS

Publié le par AMADOU TOP

Editorial
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Actions Sonatel : Vendre ou ne pas vendre, telle n’est pas la seule question !

Depuis quelques mois, la question de la vente des actions détenues par l’état
sénégalais dans le capital de la Sonatel suscite de vifs débats dans nombre de
secteurs de l’opinion publique. Il faut rappeler qu’en juillet 1997, lorsque la
Sonatel fut privatisée malgré l’avis défavorable de la Banque mondiale, l’Etat
conservât 36,67% du capital et en céda  33,33% à France Télécom, 20% à des
privés et 10% aux salariés et anciens salariés. En janvier 1999, à l’occasion
de la visite au Sénégal de Michel Bon, PDG de France Télécom, l’Etat vendit, en
catimini, 9% de ses actions portant ainsi la part de la France Télécom à 42,33%
et ramenant la sienne à 27,67%. A l’occasion de l’attribution de la troisième
licence de télécommunications à Sudatel en septembre 2007, l’information filtra
comme quoi l’Etat était en train de prendre les dispositions nécessaires pour
vendre sa participation dans le capital de la Sonatel. La nouvelle suscitât
aussitôt une levée de boucliers de la part des travailleurs de la Sonatel, de
dirigeants politiques, de responsables d’organisations patronales, etc. et même
de …la Banque mondiale qui estima préférable pour l’Etat de continuer à
percevoir les revenus tirés de sa participation dans le capital de la Sonatel.
La vigueur de la réaction semblait avoir amené l’Etat à renoncer son projet
mais depuis quelques jours le bruit court selon lequel la vente de 300 000
actions serait imminente. Confronté à des difficultés de trésorerie suite aux
dépenses liées à l’organisation du sommet  de l’OCI et du fait de la mise en
œuvre d’une politique de subvention à la consommation visant à réduire l’impact
de l’envolée des prix du pétrole et des produits agricoles, l’Etat a semble-t-il
décidé de franchir le pas. En réaction, l’intersyndicale des travailleurs de la
Sonatel envisage de déposer un préavis de grève mais la question dépasse le
simple fait de savoir si l’Etat doit vendre ou non sa participation dans la
Sonatel. D’un de vue principiel mais aussi principal, c’est en effet le rôle de
l’Etat dans le développement qui est jeu, dans un contexte marqué par l’échec du
consensus de Washington dans les pays placés sous la tutelle des institutions de
Bretton Woods et la crise économique naissante à l’échelle mondiale découlant de
l’affaires des subprimes et de la hausse spectaculaire des produits pétroliers
et des matières premières agricoles. L’observation de ce qui se passe dans le
monde, et plus particulièrement dans les pays développés, montre qu’un peu
partout l’Etat est appelé à la rescousse montrant par là même les limites du
libéralisme à tous crins. De plus, en matière de télécommunications et de TIC,
l’histoire enseigne que le développement du secteur a, pour l’essentiel,
toujours reposé sur des politiques publiques volontaires visant à encourager
l’innovation technologique, protéger les entreprises nationales, garantir
l’accès universel, conquérir des marchés extérieurs, etc. La Sonatel
contribuant à 6 % dans la formation du PIB, à 12 % des recettes fiscales et à
12,5 % des recettes budgétaires sans parler d’un investissement de 80 milliards
en 2007, l’Etat ne peut  se priver d’avoir un droit de regard sur la gestion de
la première entreprise du pays, même s’il n’y possède plus de minorité de
blocage.. Cela dit, il est tout aussi essentiel d’instaurer une véritable
concurrence sur le marché sénégalais des communications outrageusement dominé
dans tous ses compartiments par la Sonatel qui bénéficie d’une situation de
rente et d’une politique de régulation qui n’a pas su, ou pu créer les
conditions d’une concurrence saine et loyale encourageant l’entrée de nouveaux
opérateurs sur le marché. Dégroupage de la boucle locale, téléphonie sur
Internet, utilisation des technologies alternatives (Wi-Fi, WiMax, CPL,
satellite), etc. sont autant de questions à l’étude depuis des années dont la
non résolution bloque le développement du secteur. Par ailleurs, malgré la
libéralisation du secteur et la présence de deux autres opérateurs, la Sonatel
jouit d’une position stratégique plus que privilégiée en exerçant  un monopole
sur toutes les lignes de communications internationales par fibre optique
(câbles sous-marins Atlantis 2 et SAT-3/WASC/SAF, câble de garde en fibre
optique (Sénégal, Mali, Mauritanie)) Dès lors on s’aperçoit que la question
principale n’est pas forcément vendre ou ne pas vendre…

Amadou Top
Président d’OSIRIS

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